Paris City Day Session: MiFID, professionnalisation, spécialisation et consolidation des courtiers

Baisse des volumes, arrivée des traders hautes fréquence, fragmentation des marchés… comment les brokers se sont-ils adaptés à cette nouvelle donne ?

Le résumé du débat animé par :

  • Axel Pierron, Senior Vice president, Managing director of Celent’s Europe, Celent

Avec :

  • Matthieu Chardot, Directeur des Ventes, BNP Paribas Corporate & Investment Banking
  • Steeve Charvet, Global Head of Fixed Income, Newedge
  • Matthieu Denis, Risk Manager, Kepler
  • Stéphane Giordano, Responsable des Services d’Exécution, Société Générale Corporate & Investment Banking
  • Anna Pesman, Business Development, Kyte Group

 

Comment a évolué le modèle économique des brokers depuis MiIFD ?

Anna Pesman : Avant MiFID, Kyte travaillait quasi exclusivement sur les dérivés listés… Après MiFID, les coûts de transaction ont beaucoup baissés, et cela a ouvert de nouvelles opportunités à nos clients, des acteurs du proprietary trading et des market makers, des acteurs souvent de petite taille qui n’avaient pas accès au marché cash du fait des coûts de transaction. Ils traitent désormais sur les marchés equities européens. Kyte est devenu membre des MTF et des marchés cash.

Stéphane Giordano : MiFID a entraîné un changement dans la nature des marchés actions. Un premier changement avec les investisseurs traditionnels qui ont eu tendance à réduire le nombre de brokers. Second changement d’importance, l’arrivée des traders haute fréquence (HTF). Enfin, on a assisté à une gradation des brokers : ceux présents sur tous les marchés, ceux présents sur certains marchés et devenant clients des premiers, et les très spécialisés, dans l’intensif pour servir les HTF.

Steeve Charvet : MiFID a opéré une sorte de professionnalisation et spécialisation : soit vous offrez de la technologie, des services d’exécution intelligente, de la compensation, de la conservation, soit vous êtes un broker de niche avec une spécificité qui fait votre valeur ajoutée.

Quelle est l’évolution du marché du Fixed Income ?

Matthieu Denis : Il y a différentes façon d’aborder l’exécution. Pour les papiers d’Etats, la notion de rapidité est très importante et les volumes traités très élevés, l’unité de base est de plusieurs dizaines de millions d’euros. Pour les obligations d’entreprises, il y a une très grande variété de titres, de taille et d’échéance différentes. Le Broker doit donc proposer quasiment du sur mesure à ses clients. Je suis assez sceptique concernant les récentes volontés de vouloir traiter le papier d’entreprise sur des plates-formes. Avec plus de 90% des transactions en OTC, le rafraichissement des prix de façon satisfaisante pour les clients me paraît problématique. Le marché reste OTC et risque de le rester longtemps, notamment sur les titres qui sont peu cotés.

Y-a-t’il une réelle demande pour une offre de trading multi asset ?

Anna Pesman : Les clients qui traitent de façon intensive et simultanée sur deux classes d’actifs différentes, je n’en connais pas.

Steeve Charvet : Si l’on se place du côté investisseurs, le trading multi asset fait sens, les clients ont besoin d’être accompagnés dans leurs choix en tant qu’allocateurs. Côté exécution, il y a nécessairement des spécialisations qui apparaissent et le multi asset n’a pas vraiment de sens. Il en faut pour tous les goûts, certains clients vont voir des gros brokers multi métiers comme nous qui veulent être accompagnés et puis il y a des clients qui ont besoin de brokers très spécialisés.

Matthieu Denis : le multi asset a du sens dans les métiers où on est efficace pour exécuter. Faire du multi asset n’est pas une fin en soi. Et c’est une qualité pour un broker de pouvoir dire à un client, ce produit, je ne sais pas le traiter.

Matthieu Chardot : nous faisons tous du multi asset, maintenant, ce n’est pas la même façon d’exécuter, pas la même structure de marché… difficile d’avoir une offre homogène, mais c’est quelque chose que l’on développe activement.

L’industrie du courtage est-elle en surcapacité en Europe ?

Anna Pesman : Il n’y a pas de surcapacité de courtage car il y a besoin de beaucoup d’acteurs pour traiter des demandes très différentes. Personne ne fait tout de façon parfaite, de nouveaux acteurs très spécialisés continueront de se créer.

Matthieu Chardot : Au niveau exécution, il y a clairement des surcapacités. Vu la baisse des volumes, il y aura des restructurations.

Steeve Charvet : Nous sommes dans une phase d’assainissement du secteur de la finance qui va générer moins de revenus. Le courtage ne fera pas exception. Le secteur des inter-dealer-brokers, par exemple, va continuer à se concentrer. Les cinq acteurs qui réalisent 90% des transactions ne seront plus cinq d’ici cinq ans. Quant aux petits brokers qui se sont créés par opportunités, 140 rien qu’à Londres en 2009, beaucoup vont disparaître. Leurs fondateurs réintégreront les banques d’investissement qu’ils avaient quittées.

Stéphane Giordano : je ne crois pas vraiment à l’apparition de nouveaux acteurs se positionnant sur de nouvelles niches, de nouvelles opportunités. Il y a une prime à la consolidation : si des niches se créent, elles seront adressées par les acteurs les plus importants.

 

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