Pour mieux contrôler les coûts d’utilisation des données de marchés, les établissements financiers doivent structurer les différents pôles utilisateurs pour trouver des leviers de mutualisation.
« La crise a beaucoup contribué à mettre les Market Data Managers (MDM) sur le devant de la scène. Les banques se sont aperçues que la gestion des données de marchés était un important gisement d’économies, » souligne Charles Gastellu, président du Cossiom (Commission des Services et Systèmes d’Information – SI – destinés aux Opérateurs de Marchés). « La première étape de réduction des coûts a été assez simple, » résume Jacques Bouyssarie, associé au sein du cabinet de conseil Fitex, spécialisé dans les marchés financiers : « on a demandé de choisir entre un terminal B… et un terminal R… ». Mais cela ne suffit pas.
Une complexification qui va croissante
« Aujourd’hui, un établissement financier de taille moyenne, compte, environ, une centaine de fournisseurs, pour 200 à 300 services différents, » détaille Jacques Bouyssarie. Et l’optimisation des coûts se heurte à la croissance de données spécifiques répondant à des besoins bien précis, comme ceux des risk managers par exemple. « Les volumes et les consommations ne vont qu’en augmentant. Ainsi, avec la crise, la volatilité des marchés a exacerbé ce phénomène : pour un même produit, trois sources différentes peuvent donner trois prix différents, ce qui implique des traitements supplémentaires pour savoir quelle donnée utiliser, » constate Antoine Meyers, Market Data Category Manager chez BNP Paribas Fortis. « La complexité se trouve également dans le basculement de la consommation des données de marchés des utilisateurs vers les SI. » Leur utilisation et leurs transferts d’un système d’information à un autre complexifie le suivi des usages. « La cartographie des besoins est de plus en plus difficile à établir, » constate Antoine Meyers. En outre, une donnée brute peut nécessiter un enrichissement, impliquant deux, voire trois données supplémentaires, ce qui ne simplifie pas les choses, ni ne réduit la facture.
MDM, un manager multi compétences
Or, « il faut savoir précisément qui fait quoi avec quelles données pour rationaliser les coûts. Sinon cela peut coûter très cher comme les redressements de la part de fournisseurs de données appliqués à certaines banques en Angleterre dernièrement, » rappelle Charles Gastellu. Car les fournisseurs de données ne font rien pour leur simplifier la tâche, et ce n’est pas un euphémisme. « La propriété intellectuelle est devenu le cœur de métier de toutes société vendant de l’information, » déplore Charles Gastellu. « L’essentiel de leurs ressources marketing est d’imaginer comment facturer différemment et plus cher, les mêmes services, plutôt que d’innover. On rencontre de plus en plus de banques se plaignant de certains abus de fournisseurs de données disposant de quasi monopôle de fait.» Et les règles sont fluctuantes, ce qui ne facilite pas la tâche des MDM. « Difficile d’émettre des spécifications pour les équipes informatiques, de façon à être en accord avec les règles de facturation des fournisseurs de données, qui ne sont pas homogènes, et dont on a aucune idée de l’évolution dans le temps » constate Antoine Meyers. « Et difficile pour un MDM d’exercer une autre activité, » reconnaît Charles Gastellu. « Il doit avoir des compétences techniques, mais aussi juridiques et en contrôle de gestion, » énumère Jacques Bouyssarie.
Une nécessaire centralisation des systèmes
« Le principe de la « golden copy » n’est plus remis en cause, » affirme Antoine Meyers. La Golden Copy est un dispositif d’agrégateur interne pour mettre en cohérence les données issues de différents fournisseurs et alimenter tous les systèmes d’information nécessitant ces données. « C’est le moyen de couper le lien unilatéral entre une application et un fournisseur de données, » souligne Antoine Meyers. « C’est aussi un moyen efficace de centraliser tous les processus de contrôle, de mise en cohérence et d’historisation des données pour alimenter tous les SI, » confirme Jacques Bouyssarie. Un processus néanmoins trop complexe pour l’externalisation, source potentielle d’économies, car nécessitant de connaître parfaitement l’organisation interne et les clés de répartition pour l’utilisation des données. « Même si certains acteurs de taille moyenne se posent la question, » nuance Jacques Bouyssarie. Pour rationaliser leurs usages, et leurs coûts, les banques doivent se structurer pôle par pôle, par exemple par zone géographique, et centraliser les équipes de MDM. « Et à l’intérieur même de ces organisations, trouver des synergies. Par exemple, dans la banque d’investissement, les données utilisées dans les salles de marché et dans les divisions gestion d’actifs sont pratiquement les mêmes, » souligne Charles Gastellu.
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